Route
Transport routier :
Des contrevérités tenaces
- Les entreprises de transport routier se conduiraient de façon irresponsable
- Il n'y a qu'à mettre tous les camions sur des trains
- Les poids lourds seraient responsables de l'encombrement des routes
- Les poids lourds seraient les principaux responsables des accidents de la route
- Les poids lourds seraient consommateurs d'énergie, et responsables de la pollution de l'air de nos villes et du bruit
- Les poids lourds ne paieraient pas leur juste coût

Les entreprises de transport routier se conduiraient de façon irresponsable

Les entreprises de transport routier sont souvent présentées comme se comportant de façon irresponsable et incivique
Le secteur du transport routier est effectivement accusé de multiples violations de la loi et des règlements : non respect des horaires de conduite, cadences infernales, excès de vitesse … Ces actes répréhensibles sont le fait d’une minorité, comme il y en a dans tous les métiers. Depuis des années, la profession du transport routier s’impose des règles de plus en plus contraignantes qui doivent éliminer les marginaux.
Quelques exemples depuis 1995, dans le cadre du «contrat de progrès» du transport routier de marchandises :

- renforcement des contrôles et des sanctions en matière de respect des vitesses, de charges maximales et de respect du temps de travail ; la dernière loi de sécurité routière est d’ailleurs encore plus contraignante concernant les limitateurs de vitesse et les chronotachygraphes ;

- obligation de formation initiale et continue de tous les conducteurs ;

- réduction progressive des temps de service des conducteurs ;

- renforcement des conditions d’accès à la profession, avec, tout récemment, des obligations très strictes de capacité financière ;

- clarification des relations contractuelles entre les transporteurs et leurs clients, notamment des droits et des devoirs de chacun.


On entend dire «il n’y a qu’à mettre tous les camions sur des trains»

Si le transport routier existe et assure aujourd’hui en Europe près de 80% du transport total de marchandises, ce n’est pas parce que les transporteurs en ont décidé ainsi : c’est parce qu’il y a une demande et un besoin et qu’ils y répondent.
Les entreprises industrielles, commerciales, agricoles, font appel aux camions parce que ce mode de transport est le seul à leur assurer la fiabilité, la rapidité et la flexibilité de services attendus, pour un coût compatible avec leurs exigences de compétitivité.
Chaque jour, les camions transportent 70 kg de marchandises pour chacun d’entre nous, dans des centaines de milliers de villes et villages d’Europe, quasiment en porte à porte.
Les professionnels du transport routier sont tout à fait favorables au principe du transport combiné qui permet d’allier les qualités du camion à celles du train, mais ce n’est pas la panacée que l’on voudrait faire croire, pour plusieurs raisons :

- la première raison, c’est que plus de 80% de ces marchandises sont transportées sur de courtes distances, de moins de 150 km. Or le ferroutage n’est pas pertinent sur ces distances, en raison des coûts et des temps de transbordement. Les professionnels savent bien que le transport combiné n’est intéressant qu’au delà de 500 km (soit 5% des trajets routiers), il ne peut donc être qu’une solution de substitution très partielle. Et même si l’on double le trafic rail-route, comme le souhaite le ministre, le trafic routier ne serait globalement soulagé que de façon minime. N’oublions pas que le rail, à l’heure actuelle, ne représente en terme de chiffre d’affaires que 8% du transport de marchandises en France ;

- la deuxième raison, c’est que les infrastructures ferroviaires sont de toutes façons insuffisantes : certaines lignes - Paris/Lyon par exemple- sont saturées. Comment va-t-on, en plus y faire passer des trains de fret ? Prenons l’exemple de franchissement des Alpes :chaque jour, plus de 4 000 poids lourds franchissaient le Mont Blanc alors que l’offre ferroviaire actuelle correspond dans sa phase maximum à 600 poids lourds par jour. Développer des infrastructures demande des investissements très lourds qui de plus ne produiront leurs effets qu’à long terme. Or l’Etat, donc les contribuables, subventionnent déjà très largement le chemin de fer ;

- la troisième raison, c’est tout simplement les dysfonctionnements du rail. Il n’y a aujourd’hui aucune fiabilité dans ce mode de transport parce que ses acteurs, trop occupés à préserver leur statut, n’ont pas pris la mesure des enjeux auxquels ils ont à répondre. A défaut d’une réforme interne profonde, le chemin de fer français ne pourra pas répondre aux exigences de compétitivité et de productivité de notre économie, surtout, dans le cadre de la construction européenne. Ce n’est pas en taxant (et en critiquant) le transport routier qu’on rendra le fret ferroviaire plus performant.

En conclusion, les professionnels du transport routier, soucieux de la congestion routière, sont tout à fait favorables au développement de solutions intermodales qui déchargent les routes de marchandises pouvant être efficacement transportées par d’autres modes. Ils considèrent néanmoins que toute alternative intermodale doit se justifier techniquement et économiquement.


On entend dire que les poids lourds sont responsables de l’encombrement des routes
Ils représentent en fait moins de 10% du total des véhicules circulant sur les routes d’Europe et ils évitent un nombre plus important de véhicules plus petits. La vérité, c’est que les embouteillages sont essentiellement le résultat d’une infrastructure insuffisante : les routes actuelles ne sont pas en mesure de répondre à l’augmentation rapide du nombre de voitures particulières observée au cours des dernières décennies. En effet, si le parc de poids lourds reste constant depuis des années (540 000), le parc de voitures particulières s’accroît de 400 000 unités par an. Il est aujourd’hui de 27 millions de voitures. Notre réseau routier fait 1,5 millions de Km, dont seulement 13000 Km sont des voies à grande capacité, qui sont celles qui présentent les indices de sécurité les plus favorables.
Or en France, on a totalement arrêté le programme autoroutier …
A titre de comparaison, les Etats-Unis viennent de voter un programme autoroutier de 6 ans prévoyant des investissements annuels de 28 milliards de dollars …
En Europe, seulement 0,5% de la superficie est couverte par des routes. Il est indéniable que des routes mieux aménagées faciliteraient la circulation des voitures et des camions et amélioreraient la sécurité.

On entend dire que les poids lourds sont les principaux responsables des accidents de la route
Ils ne sont impliqués (ce qui ne veut pas dire responsables) que dans 1 accident corporel sur 18 et dans 1 accident mortel sur 7.
Certes, c’est toujours trop et les conséquences sont souvent graves en raison de la masse des camions. La profession fait donc des efforts d’information, de formation et de sensibilisation soutenus pour réduire le nombre des accidents. Des progrès tangibles ont été constatés depuis trois ans et les statistiques démontrent que les investissements en matière de formation initiale et continue des conducteurs portent leurs fruits. Depuis 1995, plus de 100 000 conducteurs ont bénéficié d’une formation spécifique, dont 70 000 d’une formation à la sécurité. Alors que le nombre de km parcourus par les camions augmente, le nombre d’accidents impliquant un camion baisse régulièrement. Ainsi, entre 1992 et 1996 (dernières statistiques disponibles), le nombre de poids lourds impliqués dans un accident a baissé de 18%. La sécurité et la convivialité routière sont pour les professionnels de la route, qui partagent une infrastructure avec d’autre usagers, une priorité absolue. Mais la sécurité routière passe aussi par une amélioration des véhicules -les constructeurs s’y emploient- et des infrastructures.

On entend dire que les camions sont bruyants, polluants et consommateurs d’énergie
C’est une image du passé. Des progrès considérables ont été accomplis par les constructeurs pour lutter contre les désagréments.
Sans entrer dans le détail, voici quelques chiffres éloquents :

24 camions de type récent ne sont pas plus bruyants qu’un seul camion construit avant 1970 ;

- de 1990 à l’an 2000, les émissions d’oxyde d’azote des véhicules neufs ont été divisées par 3, celles de particules par 6, celles d’hydrocarbures non brûlés par 6 également et celles de monoxydes de carbone par 7 ;

- en ce qui concerne l’effet de serre (selon une étude de l’OCDE), les poids lourds européens ne sont responsables que de 0,3% de la production des gaz incriminés (CO2 notamment) ;

- enfin, la consommation de carburants a été diminuée d’un tiers depuis 1970. Aujourd’hui, il faut environ 1 litre de carburant pour transporter une tonne de marchandises sur 100 km, soit le meilleur rapport de tous les véhicules routiers.


On entend dire, enfin, que les poids lourds ne paient pas leurs justes coûts pour l’infrastructure qu’ils utilisent et les «coûts externes» qu’ils provoquent
Les transporteurs s’acquittent de toutes sortes d’impôts spécifiques en sus de la fiscalité des entreprises : taxes sur le carburant, taxes sur les véhicules, droits d’usage, péages, …
Ils apportent plus que leur part.Un rapport de la Commission des Comptes des Transports (1993) a mis en évidence qu’à travers ces taxes, les camions payent plus qu’ils ne coûtent aux pouvoirs publics pour la construction et l’entretien des routes et autoroutes. Ceci n’est pas le cas du rail, par exemple, qui coûte chaque année aux contribuables plus de 60 milliards de francs. Les recettes fiscales totales apportées par la route à l’Etat sont de 320 milliards de francs, un montant équivalent à celui de l’impôt sur le revenu.
En ce qui concerne les coûts «externes» (pollution, bruit, etc …) provoqués par les camions, ils sont très difficiles à cerner et leur évaluation est forcément arbitraire. Mais ne faut-il pas aussi mettre en regard les «avantages externes» du transport routier.
Celui-ci permet une dissémination des activités et des produits sur tout le territoire, limitant ainsi les phénomènes de désertification des campagnes. Il fait bénéficier toute l’économie de gains de productivité en rendant possible le processus de «flux tendus». Il permet à notre pays d’être efficace et compétitif dans le contexte européen. Autant de «plus» sans aucune commune mesure avec ce que peuvent être les «coûts externes» du transport routier …
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