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08/07/2019

Entretien avec Éric HÉMAR, Président de l’Union TLF dans l’Officiel des transporteurs – Juillet 2019

Entretien avec Éric HÉMAR, Président de l’Union TLF – Officiel des Transporteur - Juillet 2019Éric Hémar, Président de l'Union TLF a fait l'objet d'un entretien avec le journaliste Slimane Boukezzoula dans l'Officiel des transporteurs de juillet 2019. A l'occasion de la Grande Journée de l'Union TLF, Éric Hémar a fait connaître sa feuille de route qui fait la part belle à la compétitivité de la filière transport et logistique.

L’Union TLF a tenu, le 16 juin, son assemblée générale annuelle. L’occasion pour le nouveau tandem dirigeant – formé par Éric Hémar et Jean-Pierre Sancier, capitaines d’industrie –, de faire connaître sa feuille de route.

Celle-ci fait la part belle à l’action pour la compétitivité de la filière. De compétitivité, il a été beaucoup question au cours de l’AG avec les interventions remarquées d’acteurs de premier plan comme Philippe Varin (France Industrie), Patrick Daher (groupe Daher), Philippe de Crécy (Bolloré), Joël Glusman (Crystal Group), Jacques Creyssel (Fédération des entreprises du commerce et de la distribution) ou Olivier Thouard (GEFCO). On a également parlé Brexit avec Hélène Guillemet (douanes).

L’Officiel des transporteurs: Vous avez bouclé, ce jeudi 16 juin, la première assemblée générale du nouveau tandem que vous formez, avec Jean-Pierre Sancier, à la tête de l’Union TLF. On a le sentiment d’un tournant dans la vie de votre organisation patronale…

Éric Hémar : On parle de tournant dès lors qu’émerge une nouvelle gouvernance, car une organisation dépend des hommes. Lorsqu’ils arrivent, ils sont porteurs d’organisations et de moyens d’action un peu différents. Pour autant, il existe une grande continuité : les adhérents restent les mêmes, les sujets également. En clair, nous sommes davantage dans une évolution que dans une révolution. Sinon, je suis très heureux de cette journée et de la soirée que nous avons partagées. J’ai trouvé une grande qualité d’écoute, une envie de progresser. On sent que l’on peut faire progressivement percevoir notre secteur comme un véritable enjeu au niveau national.

Donner une identité forte à la filière?

E. H. : J’avoue que c’est cela qui m’intéresse au travers de la présidence de l’Union TLF. Faire que, comme c’est le cas dans d’autres pays, la chaîne logistique soit prise en considération au niveau qui doit être le sien. Je considère que ce n’est pas le cas aujourd’hui. Comme l’a rappelé Jean-Pierre Sancier, on a parfois le sentiment d’être un peu niés. J’en veux pour preuve cette information qui nous est parvenue récemment selon laquelle notre filière ferait partie des secteurs taxés pour les contrats courts.

On vous sent remonté…

E. H. : Je me dis «comment est-il possible que, pour un secteur qui emploie près de 1,8 million de salariés, on apprenne par la presse qu’il va faire l’objet de taxes, avec six autres, sur des contrats courts sans que personne n’ait pris la peine de nous tenir informés en amont des critères d’application et des impacts.» Il subsiste une impression d’être jetés en pâture sans aucune explication. Ce n’est pas acceptable ! Il nous revient de nous adapter, c’est notre métier. Mais nous sommes en droit d’exiger des pouvoirs publics une forme de respect qui, selon moi, n’existe pas aujourd’hui. Nous avons un vrai débat à mener à ce sujet.

Il a beaucoup été question de compétitivité au cours des tables rondes pendant l’assemblée générale. Peut-être faut-il y voir un lien avec la mission qui vous a été confiée (ainsi qu’à Patrick Daher) par les pouvoirs publics…

E. H.: L’enjeu numéro un consiste à ce que les entreprises françaises du transport et de la logistique, sur leur territoire, se trouvent à armes égales avec leurs concurrents européens sur le terrain de la compétitivité. Nous possédons des atouts, mais également des handicaps. À cet égard, cela nous permet d’entretenir une discussion avec les pouvoirs publics. Nous ne sommes hostiles à rien mais, par principe, nous n’acceptons pas d’être désavantagés par rapport à nos concurrents européens. En contrepartie, nous voulons être en mesure de créer des emplois, de développer des infrastructures, d’aider à la compétitivité des secteurs industriels. Nous voulons être respectés et non pénalisés. C’est le bon équilibre qu’il nous reste à trouver, et c’est à ce titre-là que la présidence de TLF représente un enjeu pour moi.

À propos de compétitivité, vous citez beaucoup les modèles allemand et néerlandais…

E. H.: C’est vrai. Depuis 2012, nous pouvons compter sur l’existence d’un classement objectif, régulier (un élément important), de la Banque mondiale sur les filières les plus compétitives. Il se trouve que, depuis cette date, l’Allemagne et les Pays-Bas occupent les  deux premières places de ce classement [la France pointe au 16e rang, Ndlr].

Par conséquent, lorsque l’on nourrit l’ambition de progresser, il est préférable de regarder vers le haut du classement plutôt que de pointer ceux qui sont moins bons que nous. Notre propos consiste à identifier leurs réussites pour nous en inspirer.

Éric HÉMAR, Président de l’Union TLF

Éric HÉMAR, Président de l’Union TLF

« Les transporteurs doivent mettre en commun leurs sujets stratégiques », explique Éric Hémar.

Vous avez appelé, au cours de l’une de vos interventions, à la mise en place d’une plateforme France Logistique qui regrouperait les principales organisations du transport et de la logistique afin qu’elles oeuvrent ensemble sur des sujets communs.

E. H.: Il n’est pas question d’appeler à une fusion des organisations !

Il s’agit de dire: «Nous avons des sujets communs qui sont stratégiques, comme la formation des hommes, l’attractivité des équipes, l’attractivité commerciale vis-à-vis de la filière logistique française. En tant que professionnels, nous devons mettre en commun ces sujets, que nous traitons partiellement dans nos organisations afin de rendre notre action beaucoup plus efficace.»

Si nous sommes capables de mener cette action pour regrouper tous ces sujets communs avec l’ensemble des organisations, y compris celle des chargeurs, nous sommes en parallèle en droit de peser auprès des pouvoirs publics afin qu’eux-mêmes rationalisent la kyrielle d’interlocuteurs que nous avons face à nous. C’est important à la fois pour la profession et pour notre dialogue avec les pouvoirs publics.

PROPOS RECUEILLIS PAR SLIMANE BOUKEZZOULA

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La compétitivité au coeur des échanges

De gauche à droite: Éric Hémar, Jacques Creyssel, Patrick Daher, Philippe Varin, Alexis Degouy (TLF).

De gauche à droite: Éric Hémar, Jacques Creyssel, Patrick Daher, Philippe Varin, Alexis Degouy (TLF).

On n’en connaît pas encore les conclusions. Mais Éric Hémar, le nouveau président de TLF, a lâché quelques bribes de la mission que lui a confiée le gouvernement sur la compétitivité de la chaîne logistique en France (cf. l’OT n° 2962). Une mission qu’il a conduite avec Patrick Daher et dont le rapport est entre les mains des pouvoirs publics depuis quelques semaines. La filière logistique française au 16e rang mondial, cela fait désordre! De compétitivité, il a donc été beaucoup question au cours des tables rondes de la journée organisée à la Maison des Polytechniciens, le 26 mai.

«La logistique pèse 10 % du PIB, pourtant elle n’est appréhendée par personne du côté du gouvernement», a indiqué Patrick Daher. De son côté, Jacques Creyssel a déploré «l’absence de visibilité, notamment sur une taxe PL». Évoquant les ports français, le représentant de la Fédération du commerce et de la distribution a également déclaré: « Nous avons des combats à mener ensemble.» Il a souligné que «les enseignes avancent sur la mutualisation des stocks» et que «la proximité en livraison devient prégnante». Éric Hémar a pointé du doigt les 50 % de flux qui sortent du port de Rotterdam pour emprunter les voies ferroviaire et fluviale, contre seulement 15 % en France. « On a vécu sur le constat illusoire que la France était le centre de l’Europe», a déclaré le nouveau président de TLF, qui invite les acteurs de la filière à «se regarder en face», tout en stigmatisant la dispersion des organisations patronales (voir interview). .

Patrick Daher souhaite réduire le nombre d’interlocuteurs au sommet de l’État pour que la filière gagne en efficacité. «Avoir un guichet unique », a-t-il souligné. De son côté, Philippe Varin a déploré l’absence d’instance dans laquelle l’État irait à la rencontre des Régions pour parler «stratégie économique». «Une aberration», a lancé l’ancien patron de PSA, aujourd’hui à la tête de France Industrie. «J’espère que les Régions vont devenir des acteurs du pilotage industriel et de la logistique», a rebondi Éric Hémar. « Pour massifier, il faudra privilégier certaines zones logistiques», a ajouté Patrick Daher.

La seconde table ronde avait une touche européenne. Hélène Guillemet a pointé les zones d’ombre, abondantes, qui subsistent autour du Brexit : «On n’est sûrs de rien, donc on se prépare à tout. On a créé un concept de frontière dite “intelligente”», a lancé la représentante des douanes. «Nous avons un enjeu majeur autour de cette frontière en termes de digitalisation», estime Olivier Thouard (GEFCO). Une certitude selon les participants : la date du 31 octobre pour le (hard?) Brexit n’a rien de définitif.

En conclusion, certains dirigeants, comme Joël Glusman (Crystal Group), pensent qu’il faut «s’attendre à des changements de comportement du consommateur qui vont affecter la filière logistique». Philippe de Crécy (Bolloré) pense, pour sa part, que «la RSE doit demeurer notre priorité fondamentale, au niveau européen»

SLIMANE BOUKEZZOULA

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Entretien avec Éric HÉMAR, Président de l’Union TLF dans l’Officiel des transporteurs – Juillet 2019 was last modified: juillet 8th, 2019 by Union TLF