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24/04/2020

« Etre reconnu enfin comme un mode de transport écologique, fiable, agile, réactif et compétitif » Christine Morel, Présidente de la Commission Fluviale de l’Union TLF

Christine Morel, Présidente de la Commission Fluviale de l'Union TLF

À sa création en 2011, Christine Morel est Directrice Commerciale chez RHENUS Transport SAS, prestataire de services spécialisé dans le transport fluvial et la logistique multimodale. Aujourd’hui et depuis 2017, elle occupe le poste de Responsable Développement Commercial chez SCAT TRADING CENTER, première coopérative batelière en France desservant le réseau fluvial français et international.

En présence d’autres représentants professionnels du transport fluvial, elle a participé ce lundi 20 avril 2020 à une audition de l’Assemblée Nationale* pour évoquer l’impact de la crise sanitaire sur la filière.

L’occasion de faire le point complet de la situation en cette période troublée et d’évoquer les mesures nécessaires à la reprise de l’activité.

Présidente Commission Fluvial Union TLF : Christine Morel

Présidente Commission Fluvial TLF : Christine Morel

Quel est l'impact de la crise covid-19 sur le secteur du transport fluvial de marchandises ?

« Depuis le début du confinement, l’activité a diminué de 40 à 50% en moyenne selon les secteurs d’activité, les bassins de navigation et les unités employées. Le secteur du BTP et de la sidérurgie ont été complètement arrêtés pendant plusieurs semaines. Les premiers chantiers reprennent ces jours-ci après avoir pu réorganiser leurs équipes dans le respect des consignes de sécurité sanitaire. Côté conteneurs, il n’y a plus d’exportation et l’importation n’est pas très stable, ce qui provoque de la navigation « à vide » pour les bateaux et des stocks qui augmentent dans les ports intérieurs sans pouvoir livrer les marchandises en raison de la fermeture des commerces.

D’un point de vue social, nos entreprises ont mis en télétravail le personnel qui pouvait l’être, demandé à leurs salariés de prendre leurs congés payés et leurs RTT, puis ont recourus au chômage technique par la suite. Il s’agit principalement de petites structures de moins de 10 personnes. Pour l’instant, elles font face mais les besoins en trésorerie sont importants et elles risquent d’être affectées dans la durée. Il faudra être vigilant sur le respect des paiements afin de ne pas entraîner les sociétés dans des difficultés complémentaires. »

Comment la communauté fluviale s'est-elle mobilisée pour faire face à cette situation inédite ?

« Notre filière a fait savoir dès le début du confinement qu’elle était présente, capable de continuer à travailler et de répondre aux besoins de ses clients. Il faut savoir que les navigants (transporteurs fluviaux) sont, pour ainsi-dire, « confinés » tout au long de l’année et qu’il n’était pas très difficile d’adapter leurs activités aux consignes de sécurité sanitaire. Les échanges physiques sont réduits au strict minimum et la dématérialisation des documents de transport est devenue une façon de limiter les risques de contagion. Aussi, les échanges intra-communautaires subsistent même s’ils sont en diminution. Les horaires de navigation ont été réduites en France, ce qui complique notamment les flux de conteneurs car les correspondances ne se font plus à certains endroits et les rendez-vous de navires sont parfois manqués. Malgré tout, il est à souligner que Voies Navigables de France (VNF), gestionnaire d’infrastructure, est à nos côtés pour gérer au mieux cette crise dans le souci de satisfaire nos clients. »

Vous avez été auditionnée par des représentants de l'Assemblée Nationale sur les difficultés que rencontrent les acteurs de la filière. Quelles mesures doivent être prises pour assurer la sécurité économique du secteur dès à présent …

« Les entreprises en difficultés doivent être accompagnées qu’elles soient issues du tourisme ou du fret fluvial, opérateur de transport ou bien transporteur. Accompagnées pendant la crise mais aussi après. Il faudra travailler davantage sur la baisse des coûts externes trop élevés dans le transport combiné par exemple, mais aussi sur la facilitation des transferts de logistique urbaine. VNF a suspendu les taxes prélevées sur leur réseau pendant le confinement ; peut-être serait-il possible d’en faire de même avec les péages à acquitter sur la Moselle (sous gestion tripartite entre l’Allemagne, le Luxembourg et la France) ainsi que des baisses de loyers pour les opérateurs portuaires intérieurs du fait de leur baisse d’activité.  Depuis le confinement, les autorités mais aussi les industriels semblent avoir compris que la logistique et les transports représentent un maillon vital de la continuité de notre économie. Il faudra que cela s’inscrive durablement et au-delà de cela, il faudra valoriser les modes massifiés qui n’ont cessé de fonctionner malgré cette crise sanitaire dont bien évidemment le monde fluvial. Etre reconnu enfin comme un mode de transport écologique, fiable, agile, réactif et compétitif. »

… et pour assurer le redémarrage de l'activité après la crise ?

« Privilégier un accompagnement étroit avec Voies Navigables de France pour adapter les horaires de navigation en conformité avec l’augmentation de l’activité ainsi qu’avec les autorités portuaires afin de venir en aide aux sociétés en difficulté. Obtenir des aides et facilités pour les entreprises en difficultés dans le paiement des charges sociales, impôts, loyers etc. Ainsi que des reports de prêt lorsque c’est nécessaire. »

* L’Assemblée Nationale était notamment représentée par Madame Carole Bureau-Bonnard, Députée de l’Oise et Présidente du groupe d’études Voies navigables et transports multimodaux – canaux de l’Assemblée Nationale, aux cotés de Didier Leandri, Président délégué général d’E2F.

« Etre reconnu enfin comme un mode de transport écologique, fiable, agile, réactif et compétitif » Christine Morel, Présidente de la Commission Fluviale de l’Union TLF was last modified: juillet 21st, 2020 by Union TLF