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Plateforme digital de fret

Les plateformes de fret sont de plus en plus nombreuses dans le TRM depuis quelques années et sont devenues des acteurs à part entière. Entretien avec Rodolphe ALLARD
PDG de Chronotruck et membre du Comité directeur de TLF.

Qu’est-ce que la digitalisation d'une plateforme?

Une plateforme digitalise commercialement un secteur lorsqu’elle libère une offre et une demande qui ne parvenaient pas à se rencontrer jusqu’alors, en particulier car l’offre était insuffisamment exploitée, faute d’opportunités. Ce processus d’uberisation est souvent décrié car il peut être lié à un contournement des obligations réglementaires et sociales du secteur ou à la mise en place d’une concurrence excessive qui peut entraîner une paupérisation de l’ensemble des acteurs. Cependant, cette libération du marché a généralement de nombreux aspects positifs : une croissance de la demande, une transparence accrue sur le marché, un meilleur niveau de service, tout ceci grâce à l’exploitation de l’excédent d’offre et à la circulation de l’information, notamment via l’évaluation des parties à l’échange.

Rappelons que le marché du TRM est, par essence, sur-capacitaire - on compte plus de 330 000 camions sur le sol français et près de 6 millions en Europe - mais reste relativement " fermé " : en effet, les barrières pour y accéder sont importantes, techniques - avoir et pouvoir conduire un poids lourd – financières et légales - être un professionnel agréé et contrôlé par l’État pour effectuer des prestations.

Plateforme numérique collaborative

Les solutions technologiques mises en place avant l’arrivée des plateformes ont aidé à mieux exploiter les capacités excédentaires, mais cette efficacité s’est aussi accompagnée d’une complexité croissante en raison d’une sous-traitance en cascade dans l’affrètement. Ces solutions n’ont pas réussi à faire disparaître de façon durable la sur-capacité du marché, dont une petite partie restera nécessaire et inhérente au métier.

Les plateformes se sont doncdédiées au problème en utilisant les nouveauxoutils mis à disposition par le web (big data, temps réel, digitalisation des process, géolocalisation…).  Les bienfaits de cette approche pour le TRM  sont multiples : une transparence accrue, avec une mise en relation directe entre professionnels, sans sous-traitance inutile. Un meilleur niveau de service grâce à une meilleure circulation de l’information, que ce soit pour le chargeur, qui a accès au prix réel de la prestation et qui sait qui la réalise vraiment, que pour le transporteur qui a un accès direct au client.

Dans le même temps, le cadre réglementaire du TRM, pour lequel le statut de transporteur reste une exigence légale pour effectuer des prestations de livraison, rend a priori impossible le contournement des obligations du marché par ces plateformes.

 

Rodolphe ALLARD PDG de Chronotruck membre du Comité directeur de TLF

Rodolphe ALLARD
PDG de Chronotruck
membre du Comité directeur de TLF

Quelles sont les responsabilités des parties prenantes pour une digitalisation responsable du TRM ?

Les plateformes sont évidemment en première ligne pour que cette transformation du marché se fasse sans heurts. Pour respecter les contraintes et responsabilités liées à l’intervention dans la relation commerciale, le statut de commissionnaire est plébiscité - le rapport Pichereau remis au ministre (2018) va en ce sens. Les principales plateformes - comme Chronotruck, Fretlink ou encore Everoad - bénéficient de ce statut depuis leur création ou sont en passe de l’obtenir.

L’État est l’autre principal responsable dans le bon déroulement de cette transformation : il se doit d’éviter une libéralisation excessive d’un marché déjà sur-capacitaire, mais aussi d’accomplir son rôle de gendarme pour s’assurer que les règles qu’il a lui-même définies sont bien respectées. Les utilisateurs enfin ont une importance majeure, presque plus grande encore, grâce à leur feedback permanent sur la qualité des services reçus ou pour repérer les prestataires peu scrupuleux, qui pourraient pratiquer le dumping ou se comporter de façon dangereuse ou frauduleuse.

Il convient donc de respecter les coûts de revient des transporteurs et d’appeler les clients à se comporter de façon responsable en étant vigilant vis à vis des sites pratiquant des enchères inversées ou l’équivalent, et qui conduisent à un nivellement des prix, donc des marges et de la qualité de service, par le bas. Les plateformes se doivent de pratiquer des prix attractifs, rendus possibles par la digitalisation des processus et la suppression d’intermédiaires devenus inutiles, mais justes pour le transporteur qui réalise la mission.

Plateforme digital de fret was last modified: juin 8th, 2018 by Union TLF